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Face à soi-même

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Qu’est-ce qui nous arrive ? Nous passons des heures entières à échanger avec des alter ego numériques, se faisant, nous oublions peut-être d’interroger le rôle que tient la machine dans ce dialogue. Voici quelques pistes.

Dans son roman le plus célèbre, La stratégie Ender, Orson Scott Card imagine un programme, une IA en fait, capable de créer des scénarios de jeu conçus pour aider l’enfant à traverser les étapes de son développement psychologique. Ce sont peut-être les dialogues entre le programme informatique ELIZA, simulant un docteur, et ses patients humains, finalement convaincus que l’ordinateur “les comprenaient vraiment”, qui ont donné cette idée à Orson Scott Card (pour ceux que ça intéresse ou amuse, on pourra lire ici, les dialogues entre ELIZA et Parry, un autre programme simulant lui le comportement d’un paranoïaque).

Nous gagnerions à nous demander de quoi est faite cette empathie littéralement protéiforme de l’homme, capable de prêter intelligence ou compréhension à un simple programme informatique de 1972, d’être sensible à l’affection d’un chien, ou bien même de considérer que toucher à l’image d’une personne revient à la toucher elle-même. J’irais même jusqu’à poser comme hypothèse que ce ne sont pas les religions qui ont consolidé millénaire après millénaire l’ancrage profond de l’empathie dans nos cultures mais le contraire, que ce sont les religions qui ont trouvé dans ce sentiment un terreau formidable pour construire leurs dialectiques prosélytes. Mais c’est une autre histoire et je me contenterais de convoquer ici deux exemples qui nous sont à la fois plus proches dans le temps et plus familiers dans la forme que ne l’est la belle prose d’Augustin.

Le premier exemple nous vient de Federico Fellini. Dans son Casanova, Fellini (qui avouera avoir dans un premier temps regretté d’avoir “vendu” à son producteur la promesse d’un film sur les mémoires d’un personnage si “infantile”) met en scène le séducteur en proie à la solitude la plus complète. La scène constitue dans la narration un prélude exubérant à la décadence du héros. Éveillé au milieu d’une nuit de beuverie teutonne totalement étrangère à ses mœurs raffinées, Casanova, tout à coup inspiré, tend la main à l’automate de porcelaine et de fer dont il était venu faire l’article auprès des princes germains. Voilà donc ce VRP poudré, ex tombeur des nightclub, entamant une danse avec ce que nous appellerions une poupée gonflable ou un cyborg. Le magicien Fellini en fait une scène prodigieuse de cinéma car en exerçant ses charmes auprès d’une poupée de porcelaine, Casanova pointe l’essence même du cinéma, voire de l’art : prêter vie à l’inanimé. Le visage abandonné de l’automate de vermeil rosit, un soupçon de pâmoison, presque rien mais bien assez pour que ce redoutable séducteur soit convaincu d’avoir fait succomber une proie de plus. Quelques plans après, on le retrouve à l’œuvre sur la poupée, passive, consentante, on ne peut plus conquise. Goûtez donc à ces 3 minutes 46 secondes de grand cinéma.

La seconde histoire est née dans l’esprit du romancier américain Philip K. Dick. Dans l’adaptation au cinéma de son roman Do Androids dream of electronic Sheep ? (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?), intitulée Blade Runner, Ridley Scott met en scène une fable finalement assez proche de celle de Fellini. Dans le roman, le personnage principal, Rick Deckard, médiocre chasseur d’androïdes clandestins, rêve assez banalement de posséder un animal véritable, et pas le pauvre “mouton électrique” dont, faute d’argent, il est obligé de se contenter. Son désir confine à l’incoercible, au besoin vital, d’autant qu’il ne goûte pas trop à l’expédient à la mode : la “boite à empathie”. Un engin ressemblant étrangement à un poste de télé dans lequel on engouffre sa tête tout en serrant fermement deux poignées latérales par lesquelles “passe” l’empathie. Dans la boite est rejouée toujours la même scène, une sorte de Christ réincarné, en fait un charlatan dénommé Mesmer qui a tout du prédicateur cathodique, refaisant le chemin de croix. Son ascension est un martyr que chacun des spectateurs peut ressentir au point même d’en recevoir les stigmates. Bien sûr, plus le spectateur est sincère dans son empathie, plus les marques de sa souffrance sont visibles… Et réciproquement. Le recours à la boîte à empathie est le seul moyen dont les humains disposent pour se “sentir” réellement humain.

Ridley Scott fait l’impasse sur cette dimension du roman, il va préférer mettre l’accent sur l’idylle entre Deckard et Rachel, une androïde dernier cri que rien ne permet de distinguer d’une humaine. Évoluant dans un monde froid, synthétique, acide et criard, contraint de traquer et d’éliminer des cyborgs surpuissants et magnifiquement humains, Deckard finit lui-même par “se sauver” en donnant son amour à Rachel. L’aimer elle, cette androïde ignorant elle-même sa propre nature, c’est lui donner la vie, c’est, selon une lecture plus conventionnellement chrétienne, la faire son prochain, son égal dans le pathos, douée de la même aptitude à sentir…

Ces deux histoires sont traversées par la même interrogation, celle exprimée par Descartes dans les méditations métaphysiques : sommes-nous bien certains que ce que nous voyons existe, que cet homme qui a toutes les apparences et les qualités dont je suis moi-même doué est bien mon semblable, etc ? Notre Casanova n’est que l’instrument d’un Fellini qui doute lui-même de la finalité du désir de l’homme. Casanova est-il plus qu’un Narcisse surpuissant, obnubilé par la performance, par le contrôle, la bonne marche de sa belle mécanique ? Et si le désir n’est que volonté de puissance, nous ne vaudrons jamais plus que ce que nous possédons (122 seulement pour Casanova, mil et tre pour Don Juan, 11 000 pour Simenon), si bien que la machine nous égalera sûrement et nous dépassera sans doute. La réponse du cinéaste est dans la scène de l’automate : « moi, le maestro, je suis le créateur, et je peux bien engendrer de la vie en culbutant cette charmante poupée de cire comme je le fais en impressionnant cette pellicule ».
La lecture de Dick et Scott est moins franche car inscrite dans une lignée de penseurs anglo-saxons marqués par Turing et son fameux test, mais à la pudeur protestante près, elle dit la même chose. Les humains ne valent que par leur capacité à prêter à autrui ce dont ils pensent que tout autre doit être pourvu pour être aimé.

Rendu ici, nous sommes au milieu du gué.

Rédigé par David Prud'homme

août 6, 2011 à 9:10

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Petit voyage dans le nuage

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Tariq Krim, Netvibes et Jolicloud, raconte comment il a conçu son OS pour le cloud computing. Une conversation entre deux voyageurs au milieu du nuage et les questions qu’ils peuvent se poser concernant ce genre de périple.

 

Rédigé par David Prud'homme

décembre 5, 2009 à 1:44

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Les postures de l’ignorant

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Nous avions écrit que nous nous avancions devant Google comme s’il s’agissait d’une prise d’oracle. À la question ou requête, le moteur répond instantanément par un flot inextinguible de propositions de réponse. Il y en a tant que nous pouvons à peine goûter les premières. Elles nous sont offertes par le moteur comme ses meilleurs fruits. L’ignorant s’en saisit mais puisque l’oracle moderne ne peut lui donner que la quantité et non la qualité, celui qui l’interroge voudra l’interroger à nouveau. Si bien qu’à la fin du jour l’ignorant est épuisé d’avoir tant mâché de mots sans en avoir retenu grand chose. Il est peut-être moins ignorant à présent mais plus sûrement moins interrogateur.

On appelle cette fatigue, l’infobésité. Au-delà de Google, elle est caractérisée par ces branchements multiples que l’infonaute a effectué entre son cerveau et le “cerveau planétaire” (Joël de Rosnay, Pierre Lévy, Tim Berners-Lee, Vanevar Bush, H. G. Wells). Ces branchements ont d’abord pris la forme de marque-pages, ces signets qui pointent une page renouvelée sans cesse, comme un livre que l’on ouvrirait toujours à la même page sans jamais y trouver les mêmes mots. Ils ont évolué pour devenir de véritables interfaces sophsitiquées nous permettant de choisir notre infoment selon des mots-clefs spécifiques, des sources, des auteurs, des formats, etc… Nos branchements nous suivent désormais partout.

En écrivant ça je pense à ce personnage de Liberatore dans son bunker, le crâne hérissé de fils, les bras transpercés de seringues, sec et maigre, les yeux exorbités, personnage dont on retrouve le double dans le manga à tendance philosophique japonais ou chez Gibson et Stephenson, un monstre cybernétique dont la pulsion de connaissance s’est totalement substituée à la pulsion de vie, qui n’est plus que l’ombre de son espèce, l’expression de la vanité humaine décriée par l’Ecclésiaste avec ces mots : Vae Soli (Chap IV, verset 10). Vae Soli, malheur à l’homme seul, c’est aussi le thème de VALIS, la trilogie inachevée de Philip K. Dick. Dick construit tout sur le thème du double nécessaire et forcément délaissé. Lui et sa sœur jumelle morte en bas âge, lui et son double narrateur (Horselover Fat) qui disparaît dès qu’il accède à la connaissance, la connaissance tout à la fois remède et source du malheur infini. Je reprends cette citation produite dans Wikipedia à l’article sur Valis et issue de l’Exégèse de Philip K. Dick (son autobiograhie, vers 1981) :

We appear to be memory coils (DNA carriers capable of experience) in a computer-like thinking system which, although we have correctly recorded and stored thousands of years of experiential information, and each of us possesses somewhat different deposits from all the other life forms, there is a malfunction – a failure – of memory retrieval.

L’image renversée que nous propose Dick de l’homme élément défaillant d’une machine dont la raison d’être est justement de pallier l’insuffisance de ses composants par le nombre ressemble étrangement à celle que dégagent les sites Web 2.0.. Ainsi les milliards de photos (plus de 3, et au passage allez voir le blog actu du site, magnifique), les 20 heures de vidéo postées chaque minute sur YouTube, les milliards de mots enregistrés dans des blogs, forums, wiki, sites web de toutes sortes à chaque minute, constituent une immense bibliothèque de nos souvenirs, tous défaillants, mais ensemble complet de notre expérience de vie. Les curieux pourront jouer avec Photosynth qui recrée à partir de photos glanées sur le Web une représentation 3D de monuments ou de lieux existants.

Et cette nouvelle machine n’est plus seulement la prothèse cérébrale décrite par Michel Serres comme une tête (coupée ?!) que nous poserions devant nous (encore une figure du double…) mais une véritable conscience collective qui a le pouvoir de nous accompagner partout et à propos de tout. Le dédoublement s’extraie de la spirale mélancolique (le double cérébral en tant que prothèse résulte d’une amputation préalable, c’est du moins la croyance dont le clergé savant est totalement prisonnier) pour atteindre un état d’enthousiasme somme toute très philosophique. Voilà l’internaute enfin en posture d’accéder au savoir sans la crainte de l’insuffisance ou de l’oubli. Il sait qu’à son ignorance il existe un remède au bénéfice immédiat. Il sait qu’à tout moment il peut être secouru par un alter ego sur le réseau. C’est ce que nous appellerons l’exaltation de l’homme ordinaire, l’internaute en bonne santé, débarrassé de l’angoissante crainte de l’infobésité, qui est parvenu à accepter son état de connaissance comme étant suffisant jusqu’à la prochaine consultation de Google (une forme dégradée de la falsifiabilité poperienne). Il sait donc qu’il est partie d’un tout conscient de lui-même en tant que même, en tant qu’égal.

Des trois idées transcendantales kantiennes — Dieu, l’âme et le monde —, la troisième pouvait espérer survivre, à condition cependant que l’exégète néokantien ne lui assigne pas inconsidérément, en ces temps de globalisation et de réseau, une maladroite béquille conceptuelle du genre de celle que l’on trouve dans le livre de Pierre Lévy, World Philosophie (Je ne veux pas être désagréable mais Pierre Lévy c’est un peu tout est dans tout et réciproquement, à ce rythme, il ne restera plus grand chose d’ici peu). En s’obligeant à suivre la définition kantienne de l’idée transcendantale (une représentation sans concept, donc sur laquelle on ne peut émettre aucun jugement consistant, pour faire court), l’idée du monde pourrait assez bien correspondre à Internet : «Le monde n’a pas de premier commencement quant au temps, ni de limite extrême quant à l’espace» (antinomies de la raison dans la Critique de la Raison Pure, je prends mes sources dans le Kant-Lexicon pour gagner du temps, ici p. 706). La correspondance est à entendre comme Internet que l’on poserait en tant que “monde intelligible” (mundus intelligibilis) i. e. : «rien d’autre que le concept universel d’un monde en général, où l’on fait abstraction de toutes les conditions de l’intuition de ce monde, et au regard duquel, par conséquent, aucune proposition synthétique, soit affirmative, soit négative, n’est possible» (Kant-Lexikon, ibid). Traduit simplement, ce monde-ci n’a rien à voir avec ce monde-là, celui de la nature, qui n’existe d’ailleurs tout simplement pas en tant que monde. Le monde intelligible nous est ainsi donné via la connaissance, via la médiation d’internet, sans pour autant que les connaissances que nous en retirons puissent à strictement parler (comme le fait Kant) faire l’objet d’un jugement (une proposition synthétique). A l’extrême, nous dirons d’Internet qu’il contient — en tant qu’idée transcendantale — toutes les connaissances mais qu’aucune de ces connaissances ne nous permet de produire le genre de savoir dont nous avons besoin pour comprendre la nature qui nous entoure. Il y a en tous cas dans cette correspondance la possibilité de définir ce qu’est Internet en tant qu’objet, en utilisant l’appareillage critique de Kant, bien plus fin que les syncrétismes qui conduisent un Pierre Lévy au concept de noosphère.

Cela étant dit, et démontré ailleurs – car il y a du boulot -, l’ignorant pourra se brancher à toutes les bases de données de connaissances disponibles via le réseau, il pourra telle la figure du rat de bibliothèque de la Nausée de Sartre qui lit tout en commençant par la lettre A, entreprendre de tout lire (ou enregistrer) systématiquement, il ne trouvera jamais dans ce monde purement intelligible que des connaissances vides d’intuition, donc rien qui lui donne de quoi diriger sa conscience ou plus simplement de quoi considérer le monde «comme un tout cohérent suivant des fins» (Kant-Lexikon, ibid). Les connaissances ainsi accumulées n’auront pas de sens, ou en tous cas, pas de sens que nous autres — citoyens de l’ancien monde — pourriont trouver consistant.

Nous apercevons quand même qu’Internet met l’ignorant qui l’interroge dans une position de s’interroger sur son propre questionnement, sur la finalité même de cette connaissance accumulée. (et je retrouve mon texte écrit il y a plus d’un an : )

L’usager qui s’avance vers Internet y vient le plus souvent avec une question en tête. La question peut être vague ou précise, futile ou cruciale, Internet aura toujours quelque chose à répondre. Qu’importe si la réponse convient car aussitôt affichée elle invite à s’interroger de nouveau. L’internaute qui cherche n’est jamais pleinement ni satisfait ni déçu, Internet lui procure à la fois un peu plus et un peu moins que la réponse espérée.


Une nouvelle pythie, Internet est une nouvelle technologie micro-oraculaire.


L’un des effets premiers de la Toile n’est pas de promettre l’accession au savoir encyclopédique – promesse si souvent décriée par les clercs de l’université ou de l’édition – mais de révéler à son usager qu’il ne sait pas ce qu’il cherche. Il le renvoie donc à sa propre question : que veux-tu savoir ?


Tout commence par un détour. On croit avoir pris la bonne direction, avoir trouvé la réponse à la question, puis l’on s’aperçoit que la réponse en cache une autre. Une recherche sur Internet nous entraîne dans un dédale où chaque station est l’occasion d’un nouveau jet de dès, d’une nouvelle question, d’un nouveau départ.

DP

La fin de la théorie, l’induction en actes

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Le premier qui à ma connaissance ait exprimé l’idée ainsi, c’est Chris Anderson, le rédacteur en chef de Wired, dans un article paru le 23 juin 2008. Cette idée me renvoit immédiatement à un souvenir de jeune étudiant en épistémologie. Notre professeur tentait de nous faire comprendre la différence pour un philosophe analytique entre induction et déduction. Selon lui, pour un David Hume par exemple, la déduction n’était que la résultante de la paresse humaine. Par exemple, en voyant un corbeau, nous constatons que son plumage est noir, idem pour le suivant, le troisième et les centaines d’autres suivants. Résultat, l’homme qui observe les corbeaux de façon systématique, finit par déclarer dans un soupir : “tous les corbeaux sont noirs“. Ce que le vigilant Hume s’abstiendra de faire, préférant un flegmatique : “tiens voila encore un corbeau noir, c’est 2 253e aujourd’hui.”

Le regard de Chris Anderson serait celui d’un philosophe analytique qui dirait : “qu’à cela ne tienne, vérifions la couleur de chaque corbeau et nous pourrons affirmer avec certitude qu’ils sont tous noirs, sans avoir à procéder à une déduction abusive“. Pour le faire, utilisons la puissance d’observation que nous apporte le réseau : des centaines de millions de paires d’yeux connectées ensemble. Cette solution suppose que nous serions en mesure “d’épuiser le réel”, de lui faire dire tout ce qu’il a à dire, ainsi nous pourrions établir la vérité d’énoncé du genre : “dans tout l’espace susceptible de contenir un volatile de l’espèce des corbeaux, il n’en existe pas un, à cette minute, dont le plumage ne soit pas de couleur noire“. La belle affaire, me direz-vous.

C’est faire injure aux scientifiques qui procèdent le plus souvent par déduction. L’induction, l’expérience, en étant le vecteur de fasfication positive. Si ce n’est pas faux, alors c’est vrai. Notre système déductif est si puissamment répandu et accepté que nous ne sommes même plus conscients de son fonctionnement tel que le décrit, entre autres, Karl Popper. Pour qu’une théorie ait une quelconque valeur scientifique, il faut qu’elle puisse être réfutée (falsifiée) par une expérience, un événement observable. Si un tel événement n’est pas possible, alors la théorie ne peur pas être dite scientifique. Toute théorie ne vaut que par son caractère réfutable. Ainsi l’on dit non que cette théorie est vraie, mais que l’on n’a pas encore démontrée sa fausseté.

Rédigé par David Prud'homme

octobre 1, 2009 à 10:56

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Quelle place pour l’usager internaute ?

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Connaissez-vous l’architecture client/serveur ?

Alors, pour faire vite il existe deux grands type d’architecture informatique :

a) Le Mainframe associé à un client léger :

Voici le Mainframe Et voici le client léger, par exemple un Minitel :

Dans ce cas tout est dans l’ordinateur (de calcul) et les données (ici de vieilles bandes magnétiques) sont sur le serveur mainframe (ici un IBM 3420/3803), le client léger se contente d’afficher les réponses que le serveur lui a envoyé.

b) L’architecture Client/serveur. Cette fois-ci le serveur ne fournit que les données et le client (en général un PC) effectue les calculs. Par exemple quand vous interrogez un serveur Web, vous entrez l’adresse dans votre navigateur, des paquets IP traversent le réseau jusqu’au serveur, le serveur répond en renvoyant d’autres paquets IP qui contiennent les données de la page et votre ordinateur « calcule » les données pour les produire dans l’interface du navigateur. Le but de cette architecture est de faire en sorte que le moins de données possibles aient à circuler sur le réseau, ce qui implique que le poste client remplisse sa part du boulot et donc qu’il soit doté d’un processeur et d’une carte graphique, etc..

Notez que l’architecture client/serveur se joue en local dans n’importe quel PC entre les données inscrites sur les disques durs et les applications. Détail qui a sont importance, un serveur digne de ce nom est capable de servir plusieurs milliers de clients simultanément, alors que votre PC n’est configuré que pour répondre à seul client.

Comme la puissance des ordinateurs individuels a considérablement augmenté en 20 ans, aujourd’hui on se retrouve face à un réseau de machines où il y a d’un côté des serveurs Web (de simples PC équipés d’un logiciel serveur (Apache par exemple) auquel on retire l’écran et le clavier et que l’on administre à distance) et de l’autre des PC (qui sont donc aussi des serveurs). La question est donc quel rôle on attribue à chaque machine : effectuer des requêtes ou répondre à ces requêtes.

Le Web 1.0 se présente comme un ping-pong. Le PC fait un ping, le serveur répond : pong. On clique sur un lien, ping, une nouvelle page s’affiche, pong. C’est un peu lassant, et certains se sont dits que c’étaient trop contraignant, d’où l’idée d’effectuer un certain nombre de choses en local.

Par exemple quand vous postez sur un forum ou quand vous écrivez un mail sur une messagerie Web. Tant que vous n’avez pas cliqué sur envoyer, tout se passe en local, or pourtant vous êtes dans le navigateur Web comme si vous étiez sur le Web, et vous êtes sur le Web puisque les données que vous voyez ne sont pas sur votre machine mais sur le serveur Web, à cela près que les mots que vous êtes en train de taper ne sont nulle part ni sur votre machine, ni sur le serveur Web, elles sont à proprement parler virtuelles. (Pour être précis, elles ne sont encore écrites nulle part, elles flottent).

Vous êtes exactement dans la même situation que l’utilisateur de Mosaic ou de Netscape 2.0 en 1993/94 qui détient les droits de la page et qui la met à jour.

Aujourd’hui le Web 2.0 pousse cette logique de (re)localisation des applications plus loin. L’idée est de rendre le contrôle à l’utilisateur des scripts/langages de programmation qui sont généralement contenus à l’intérieur du serveur.

Il y a deux manières de procéder. La bonne et la mauvaise. Commençons par la mauvaise pour l’utilisateur lambda : il devient développeur Web. Ça lui prendra beaucoup de temps, et il n’aura un usage pertinent de ses nouvelles compétences que dans un cadre professionnel. La bonne, on lui met à disposition des applications à travers le navigateur Web.

Un exemple tout simple : www.netvibes.com (On y va et on joue avec les fenêtres).

On retrouve Tariq en images :

Rédigé par David Prud'homme

juin 14, 2009 à 5:41

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Pour mieux comprendre Google

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Il y a beaucoup de choses à dire sur Google. En soi, l’entreprise mériterait d’être étudiée comme une matière des sciences de l’information et de la communication. Ils ont façonné non seulement des usages devenus quasi universels parmi les internautes mais Google a également façonné la structure même de l’Internet d’aujourd’hui.

Ce film a un mérite principal : il ne se prive d’aucune piste de lecture. Il convoque des proches de Larry Page et Sergei Brin, des biographes de l’entreprise, des sociologues, des gens de l’EFF, des ex-employés déçus, des fans, bref, chacun a son mot à dire, et les auteurs conservent un équilibre curieux et méfiant à la fois. C’est assez agréable.

Rédigé par David Prud'homme

mars 18, 2009 à 6:27

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Du réseau social à l’existence virtuelle

avec 2 commentaires

Un résultat surprenant de l’émancipation de l’usager à l’égard des outils, c’est qu’Internet est moins structuré par les outils que par ce que les gens en font. Par exemple : Twitter.com. Twitter, ce sont des millions d’individus (3,5 millions en 01/2009) qui publient des sms pour raconter à leurs amis (ou au reste du monde) ce qu’ils sont en train de faire. Ça n’a que très peu d’intérêt (mais qui sait ? ) mais cela démontre qu’Internet existe en tant que réseau global d’individus sans l’aide des ordinateurs individuels. Un coup d’œil sur la représentation 3D des posts twitter donne une idée à la fois du caractère ouvert (non préalablement défini de la plate-forme, il n’y a aucun plan, aucun projet bien défini) et de la dimension littéralement fascinante (dans le sens où l’on ne peut plus détacher ses yeux de ce spectacle sans pour autant qu’il produise quoique ce soit de sensé à nos yeux). C’est sans doute l’association du gratuit (ça ne sert à rien) et du vivant (il y a sans cesse de nouveaux messages).

La révolution de l’internaute marque également l’opposition entre outils informatiques et services internet. De quoi nous parle l’informatique ? De productivité. De quoi nous parle Internet ? De nous.

C’est une dimension que pressentent fortement les pionniers du Web2 comme Tariq Krim, le fondateur de Netvibes :

On écoute Tariq Krim, fondateur et CEO de Netvibes :

Une réunion de peuplade.fr

Une réunion de peuplade.fr

Cette imbrication entre le réel et le virtuel par le biais du réseau social a des aspects nettement positifs comme dans peuplade.fr.

De la même façon que le décrit Tariq Krim, l’intrication réel/virtuel devient si ténue que les interactions entre les deux espaces deviennent de plus en plus spontanées dans l’ordre social. On fait connaissance à l’occasion d’un diner ou d’une soirée et l’on s’ajoute dans ses amis sur Facebook. Peu après, on partage les photos de la soirée avec ses amis. On se fait voir une vidéo évoquée lors du diner. On envoit une invitation pour une manifesation que l’on organise dans le cadre professionnel. Le réel et le virtuel se nourissent mutuellement.

[Voir en détail, ce reportage de LCI sur Peuplades, où l'on observe que les membres de Peuplades se présentent les uns aux autres affublés de leurs pseudos] :

Tout ça, c’est mignon, les gens sont gentils, mais bien évidememment les choses peuvent dégénérer. Ci-dessous, le fac-similé d’une dépèche parue en 2007.

myspaceinmess

Trêve de plaisanterie. La mésaventure qu’a vécu cette jeune fille illustre parfaitement d’une part le caractère un peu pervers de la proposition de Myspace  « les amis de mes amis de amis sont amis » (« Untel a 1 237 amis ») et d’autre part le fait qu’il ne faut pas confondre existence virtuelle et existence réelle.

Qu’on le veuille ou non, la participation active au Web 2.0 implique la création d’un autre soi : un avatar, ou plutôt une existence virtuelle plus ou moins organisée qui tout en s’appuyant largement sur les éléments de notre identité réelle est utilisée comme véhicule pour se mouvoir sur Internet. Cette identité virtuelle doit être contrôlée, gérée afin de ménager l’espace que l’on juge souhaitable entre vie sur le réseau et vie privée.

Cet « avatar » commence à exister dès l’instant où nous nous enregistrons avec un pseudo sur un service en ligne. Nos noms et prénoms apparaîtront dans les bases de données sécurisées des services en ligne associés à ce pseudo. La réitération du pseudo sur divers services en ligne, dans les forums, sur son blog, sur sa page myspace, facebook, xing, etc finira par constituer un tout qu’une recherche dans Google (un googling) révèlera au grand jour d’un seul clic.

Les règles de protection de l’existence virtuelle ne sont pas encore définies (ou standardisée), il convient donc d’être prudent et de toujours avoir en tête que l’anonymat n’existe pas.

Pour le moment revenons à notre problème du début : comment y voir clair ?
Nous avons vu que :
1/ Internet était fondé sur le partage
2/ Que l’usage y a pris le pas sur la fonction

Rédigé par David Prud'homme

janvier 4, 2008 à 9:05

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Standards W3C versus PC propriétaire

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Pour être inter-opérables, les applications Web n’ont qu’une obligation : respecter les standards. Ces standards sont fixés par un organisme décentralisé qui s’appelle le W3C. Le W3C fait évoluer les standards en formant des groupes de travail thématisés. On y retrouve tous les langages dont vous avez entendu parlé comme HTML, HTTP, CSS, XML mais également les protocoles de langage spécifiques au Web 2.0 comme Ajax ou Owl (Web Sémantique). N’importe quelle personne travaillant pour une entreprise membre du W3C peut accéder aux codes, aux documentations, aux schémas, aux forums de développement, etc… Tous ces protocoles sont libres. L’organisation est ouverte et constitue un véritable modèle de travail collaboratif. Ces éléments sont déterminants pour comprendre ce à quoi nous sommes en train d’assister. En effet, il ne vous aura pas échappé que l’outil principal pour accéder à ces services est l’ordinateur et que celui-ci quoique globalement inter-opérable est bien plus fermé et propriétaire que le Web. La plupart des applications présentes dans les ordinateurs sont payantes et il est assez rare que d’un ordinateur à un autre il n’y ait pas de problème de compatibilité alors que de son côté Internet cherche le zéro défaut à l’instar du monde des télécoms (français particulièrement).

Rédigé par David Prud'homme

janvier 3, 2008 à 5:07

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La Cathédrale et le bazar

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Eric S. Raymond

Le monde informatique et le monde Internet, bien que proches, sont radicalement opposés quant aux méthodes de travail. Pour les premiers, la règle, c’est 2 000 personnes à plein temps concentrées dans les mêmes locaux qui développent du code sous la direction d’une équipe de managers qui cherchent à finir dans les temps. C’est le paradoxe décrit sous le nom de la cathédrale et le bazar par Eric S. Raymond dans un article célèbre présenté pour la première fois le 21 mai 1997 au Linux Kongress et repris en 1998 par la revue en ligne FirstMonday. (On pourra le lire en français à cette adresse grâce au travail de traduction du linuxien Sébastien Blondeel.) Après la publication de cet article, Netscape adoptera le modèle du bazar pour jeter les bases du projet Mozilla qui donnera naissance à Firefox, aujourd’hui redevenu l’un des principaux navigateurs Internet. Singulier retour de l’histoire, après la quasi disparition de Netscape, navigateur historique du Web 1.0, écrasé par Microsoft et son Internet Explorer, Firefox est en train de devenir le navigateur du Web 2.0 grâce aux contributions du libre et à ses nombreux plug-in qui lui confère une évolutivité sans égal.

Les entreprises Internet sont imprégnées par la culture du partage, celle des origines puisque rappelons-le, les premiers utilisateurs furent les scientifiques, et cette culture les conduit à privilégier le sens sur la fonction. Ainsi la notion de service Internet se différencie de celle de logiciel informatique. Sur Internet les outils ne sont pas considérés selon leurs fonctionnalités mais selon leur usage. La différence tout du moins durant les années 90 ou même début 2000 pouvait encore passer pour secondaire mais aujourd’hui elle se révèle comme fondamentale.

Au début quand Tim Berners-Lee conçoit son navigateur, il le conçoit aussi comme un éditeur de page. Ce qui signifie comme l’explique Tristan Nitot que de lecteur on pouvait devenir auteur et vice-versa.

On écoute Tristant Nitot, président de Mozilla Europe


Ainsi l’usage est le moteur de l’innovation Internet quand la puissance fonctionnelle est le moteur de l’innovation informatique. Et comme Internet est d’abord orienté vers le partage, ce sont les usages sociaux qui sont privilégiés. Aujourd’hui, les trois-quarts des nouveaux services Web 2.0 appartiennent à la sphère du collaboratif: qu’ils s’agissent des blogs, des wikis ou des réseaux sociaux spécifiques comme MySpace ou facebook.

Alors que le monde informatique s’est développé essentiellement vers le monde de l’entreprise avec des objectifs de productivité (les outils bureautiques), de créativité (CAO, PAO), de calcul ou de traitement de masse des données (le mainframe), l’essor d’Internet a reposé quant à lui sur les relations entre individus qu’elles fussent marchandes (Amazon, eBay) ou désintéressées (les pages perso de Multimania, ex Mygale par exemple). Tant et si bien que informatique et Internet entretiennent une relation duale, d’hybridation mutuelle, comme des faux frères en quelque sorte, ils ont besoin l’un de l’autre, se nourrissent l’un de l’autre mais finalement ils ne visent pas du tout les mêmes objectifs.

Le Web 2.0 à strictement parler en tant qu’évolution de la version 1.0 du Web a comme caractéristique essentielle de s’émanciper progressivement de l’informatique. Un exemple frappant est la place prise par les éditeurs de blog (Blogger ou mieux wordpress) dans le temps d’usage des internautes par rapport à Word. Si Word est le logiciel le plus communément utilisé sur Terre, on est forcément conduit à s’interroger sur l’usage futur que nous en aurons quand 1/ on ouvre un blog pour la première fois et que l’on utilise un éditeur muni de fonctions de mise en page ou de correction orthographique (les fonctions dont 99% des gens se suffisent dans l’usage courant de Microsoft Word) 2/ que l’on découvre que ces mêmes éditeurs en ligne permettent également de sauvegarder ses textes sur son ordinateur ou sur le Web et 3/ que certains utilise leur PDA, voire leur téléphone mobile pour mettre à jour leur blog.


Voir la page des add-on de Firefox. Dernier exemple en date de l’attraction exercée par Firefox : Adobe annonce vouloir passer la prochaine version de sa technologie Flex en open source sous Mozilla Public License.

Rédigé par David Prud'homme

janvier 2, 2008 à 5:07

Le gène du Web 2.0 déjà présent aux origines du Web

avec un commentaire

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Au départ, Internet n’est qu’un protocole de communication entre des ordinateurs. Il se passe plus de vingt ans entre le développement des protocoles de transmission par paquets (dans les années 60 avec ARPAnet (dépendant du DARPA)), puis celui de TCP-IP (dans le but de mettre en relation des réseaux distincts, ce que Bob Khan appelait dès 1972 l’internetting) (Merci à Vinton Cerf) et la naissance proprement dite du WWW avec la mise en place des 3 protocoles clefs du Web : les adresses internet (URL), le HTTP et le HTML (merci à Tim Berners-Lee).

C’est-à-dire que pendant vingt ans, les chercheurs américains et européens ont tâtonné sans trop savoir où ils allaient pour aboutir au début des années 1990 à un standard de communication entre machines, indépendant de la nature originelle du réseau (fibre optique, coaxial, paire cuivrée, satellite, etc), qui puisse servir de base à la communication entre les hommes.Et si un tel standard a émergé, c’est parce qu’il était avant tout inter-opérable et libre.Ce sont ces deux concepts qui sont encore aujourd’hui les principaux vecteurs du dynamisme d’Internet. Aujourd’hui en 2007, c’est-à-dire à peine 13 ans après l’apparition de Netscape, le premier navigateur du Web commercial (après Mosaic, son ancêtre, et après surtout WorldWideWeb, alias Nexus de T. Berners-Lee).

Rédigé par David Prud'homme

janvier 1, 2008 à 5:06

Publié dans Web 2.0

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