Du réseau social à l’existence virtuelle
Un résultat surprenant de l’émancipation de l’usager à l’égard des outils, c’est qu’Internet est moins structuré par les outils que par ce que les gens en font. Par exemple : Twitter.com. Twitter, ce sont des millions d’individus (3,5 millions en 01/2009) qui publient des sms pour raconter à leurs amis (ou au reste du monde) ce qu’ils sont en train de faire. Ça n’a que très peu d’intérêt (mais qui sait ? ) mais cela démontre qu’Internet existe en tant que réseau global d’individus sans l’aide des ordinateurs individuels. Un coup d’œil sur la représentation 3D des posts twitter donne une idée à la fois du caractère ouvert (non préalablement défini de la plate-forme, il n’y a aucun plan, aucun projet bien défini) et de la dimension littéralement fascinante (dans le sens où l’on ne peut plus détacher ses yeux de ce spectacle sans pour autant qu’il produise quoique ce soit de sensé à nos yeux). C’est sans doute l’association du gratuit (ça ne sert à rien) et du vivant (il y a sans cesse de nouveaux messages).
La révolution de l’internaute marque également l’opposition entre outils informatiques et services internet. De quoi nous parle l’informatique ? De productivité. De quoi nous parle Internet ? De nous.
C’est une dimension que pressentent fortement les pionniers du Web2 comme Tariq Krim, le fondateur de Netvibes :
On écoute Tariq Krim, fondateur et CEO de Netvibes :

Une réunion de peuplade.fr
Cette imbrication entre le réel et le virtuel par le biais du réseau social a des aspects nettement positifs comme dans peuplade.fr.
De la même façon que le décrit Tariq Krim, l’intrication réel/virtuel devient si ténue que les interactions entre les deux espaces deviennent de plus en plus spontanées dans l’ordre social. On fait connaissance à l’occasion d’un diner ou d’une soirée et l’on s’ajoute dans ses amis sur Facebook. Peu après, on partage les photos de la soirée avec ses amis. On se fait voir une vidéo évoquée lors du diner. On envoit une invitation pour une manifesation que l’on organise dans le cadre professionnel. Le réel et le virtuel se nourissent mutuellement.
[Voir en détail, ce reportage de LCI sur Peuplades, où l'on observe que les membres de Peuplades se présentent les uns aux autres affublés de leurs pseudos] :
Tout ça, c’est mignon, les gens sont gentils, mais bien évidememment les choses peuvent dégénérer. Ci-dessous, le fac-similé d’une dépèche parue en 2007.

Trêve de plaisanterie. La mésaventure qu’a vécu cette jeune fille illustre parfaitement d’une part le caractère un peu pervers de la proposition de Myspace « les amis de mes amis de amis sont amis » (« Untel a 1 237 amis ») et d’autre part le fait qu’il ne faut pas confondre existence virtuelle et existence réelle.
Qu’on le veuille ou non, la participation active au Web 2.0 implique la création d’un autre soi : un avatar, ou plutôt une existence virtuelle plus ou moins organisée qui tout en s’appuyant largement sur les éléments de notre identité réelle est utilisée comme véhicule pour se mouvoir sur Internet. Cette identité virtuelle doit être contrôlée, gérée afin de ménager l’espace que l’on juge souhaitable entre vie sur le réseau et vie privée.
Cet « avatar » commence à exister dès l’instant où nous nous enregistrons avec un pseudo sur un service en ligne. Nos noms et prénoms apparaîtront dans les bases de données sécurisées des services en ligne associés à ce pseudo. La réitération du pseudo sur divers services en ligne, dans les forums, sur son blog, sur sa page myspace, facebook, xing, etc finira par constituer un tout qu’une recherche dans Google (un googling) révèlera au grand jour d’un seul clic.
Les règles de protection de l’existence virtuelle ne sont pas encore définies (ou standardisée), il convient donc d’être prudent et de toujours avoir en tête que l’anonymat n’existe pas.
Pour le moment revenons à notre problème du début : comment y voir clair ?
Nous avons vu que :
1/ Internet était fondé sur le partage
2/ Que l’usage y a pris le pas sur la fonction