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La Cathédrale et le bazar

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Eric S. Raymond

Le monde informatique et le monde Internet, bien que proches, sont radicalement opposés quant aux méthodes de travail. Pour les premiers, la règle, c’est 2 000 personnes à plein temps concentrées dans les mêmes locaux qui développent du code sous la direction d’une équipe de managers qui cherchent à finir dans les temps. C’est le paradoxe décrit sous le nom de la cathédrale et le bazar par Eric S. Raymond dans un article célèbre présenté pour la première fois le 21 mai 1997 au Linux Kongress et repris en 1998 par la revue en ligne FirstMonday. (On pourra le lire en français à cette adresse grâce au travail de traduction du linuxien Sébastien Blondeel.) Après la publication de cet article, Netscape adoptera le modèle du bazar pour jeter les bases du projet Mozilla qui donnera naissance à Firefox, aujourd’hui redevenu l’un des principaux navigateurs Internet. Singulier retour de l’histoire, après la quasi disparition de Netscape, navigateur historique du Web 1.0, écrasé par Microsoft et son Internet Explorer, Firefox est en train de devenir le navigateur du Web 2.0 grâce aux contributions du libre et à ses nombreux plug-in qui lui confère une évolutivité sans égal.

Les entreprises Internet sont imprégnées par la culture du partage, celle des origines puisque rappelons-le, les premiers utilisateurs furent les scientifiques, et cette culture les conduit à privilégier le sens sur la fonction. Ainsi la notion de service Internet se différencie de celle de logiciel informatique. Sur Internet les outils ne sont pas considérés selon leurs fonctionnalités mais selon leur usage. La différence tout du moins durant les années 90 ou même début 2000 pouvait encore passer pour secondaire mais aujourd’hui elle se révèle comme fondamentale.

Au début quand Tim Berners-Lee conçoit son navigateur, il le conçoit aussi comme un éditeur de page. Ce qui signifie comme l’explique Tristan Nitot que de lecteur on pouvait devenir auteur et vice-versa.

On écoute Tristant Nitot, président de Mozilla Europe


Ainsi l’usage est le moteur de l’innovation Internet quand la puissance fonctionnelle est le moteur de l’innovation informatique. Et comme Internet est d’abord orienté vers le partage, ce sont les usages sociaux qui sont privilégiés. Aujourd’hui, les trois-quarts des nouveaux services Web 2.0 appartiennent à la sphère du collaboratif: qu’ils s’agissent des blogs, des wikis ou des réseaux sociaux spécifiques comme MySpace ou facebook.

Alors que le monde informatique s’est développé essentiellement vers le monde de l’entreprise avec des objectifs de productivité (les outils bureautiques), de créativité (CAO, PAO), de calcul ou de traitement de masse des données (le mainframe), l’essor d’Internet a reposé quant à lui sur les relations entre individus qu’elles fussent marchandes (Amazon, eBay) ou désintéressées (les pages perso de Multimania, ex Mygale par exemple). Tant et si bien que informatique et Internet entretiennent une relation duale, d’hybridation mutuelle, comme des faux frères en quelque sorte, ils ont besoin l’un de l’autre, se nourrissent l’un de l’autre mais finalement ils ne visent pas du tout les mêmes objectifs.

Le Web 2.0 à strictement parler en tant qu’évolution de la version 1.0 du Web a comme caractéristique essentielle de s’émanciper progressivement de l’informatique. Un exemple frappant est la place prise par les éditeurs de blog (Blogger ou mieux wordpress) dans le temps d’usage des internautes par rapport à Word. Si Word est le logiciel le plus communément utilisé sur Terre, on est forcément conduit à s’interroger sur l’usage futur que nous en aurons quand 1/ on ouvre un blog pour la première fois et que l’on utilise un éditeur muni de fonctions de mise en page ou de correction orthographique (les fonctions dont 99% des gens se suffisent dans l’usage courant de Microsoft Word) 2/ que l’on découvre que ces mêmes éditeurs en ligne permettent également de sauvegarder ses textes sur son ordinateur ou sur le Web et 3/ que certains utilise leur PDA, voire leur téléphone mobile pour mettre à jour leur blog.


Voir la page des add-on de Firefox. Dernier exemple en date de l’attraction exercée par Firefox : Adobe annonce vouloir passer la prochaine version de sa technologie Flex en open source sous Mozilla Public License.

Rédigé par web2exploration

janvier 2, 2008 à 5:07